Depuis plus d’un demi-siècle, le rock agite la planète sous les décharges électriques de ses guitares énervées. Long live rock !
Musiques afro-américaines
Blues, negro-spiritual, gospel, rhythm'n'blues, soul, funk, rap, hip hop, R'n'B, new soul.... : tous les courants se rassemblent et forment un grand fleuve noir.
La révolution électronique
De Chicago à Detroit, à Manchester, Berlin, Bruxelles, Paris ou Ibiza, l'electro est la dernière musique en date débarquée sur Terre pour faire danser les foules.
Des lieux, des moments, des personnes
Dans le ghetto de Detroit, dans un studio de Memphis, dans un quartier de San Francisco, sur le quai d'une gare dans le Mississippi, des destins individuels - musiciens, gosses des rues, producteurs, ... - s'entrecroisent au gré des rencontres. Que la magie opère, que la sauce prenne, et voilà écrite une nouvelle page musicale. Pourquoi ici et maintenant ?
La musique n'est pas un continent isolé
Son histoire et son actualité s'inscrivent dans un contexte culturel, économique, social, politique.
Après la mort de Malcom X en 1965, le Mouvement des Droits Civiques peine à apporter une réponse adaptée à l'évolution de la situation et s'avère incapable de parler aux déshérités du ghetto comme Malcom X avait su le faire.
Les émeutes raciales de Watts en août 1965 inaugurent des étés longs et chauds et montrent les limites de la non-violence.
Le Black Panther Party est fondé en 1966 et de nouveaux leaders afro-américains émergent : Stokely Carmichael, Eldridge Cleaver, Huey P. Newton, H. Rap Brown, Angela Davis…
Sur le front de la musique, le discours de la soul, compagne de route du Mouvement des Droits Civiques, est déconnecté des ghettos noirs : la vraie réponse, c'est James Brown qui l'apporte.
Son "Papa's got a brand new bag" (Papa déboule avec un nouveau truc) répond dès 1965 au "What's going on ?" (Que se passe-t-il ?), question que Marvin Gaye posera en chanson en 1971, soit 6 ans plus tard.
Plus de discours ; le message, désormais, c'est la libération, ici et maintenant : bouge ton corps, libère l'énergie de l'Afrique, ne singe plus les blancs-becs coincés, de toutes façons il ne voudront jamais de toi : le rêve de Martin Luther King se déchire.
En accentuant avec force le 1er temps de la mesure à 4/4, James Brown inaugure le funk.
Bien sûr, il n'a pas été le premier à le faire – la chose est monnaie courante dans le jazz et spécialement chez les musiciens de La Nouvelle Orleans, que James a beaucoup fréquentés.
Mais il est le premier à mettre la recette en avant d’une manière systématique.
Ce « On the one » est repérable dans de nombreux morceaux du Godfather des meilleures années (1966-1974). L’accentuation du temps 1 de la mesure est par exemple très facile à repérer dans le morceau "Make it funky" (1971), d’autant que James nous aide en comptant les temps (one-two-three-four) au début du morceau. Ensuite, le temps 1 tombe sur la syllabe « FUN» de « Make it FUNky» chanté par les choristes. Repérez-le, et ça ne vous quittera plus… vous voilà FUNKY FOR EVER !!! ;-)
Dans le sillage des USA, le rock'n'roll va s'imposer dès la fin des années 50 dans une vieille Angleterre durement touchée par la guerre.
Les jeunes ont souffert d'une enfance marquée par les privations dues au rationnement, n'ont que faire des valeurs véhiculées par l'ancienne génération et aspirent à une vie plus légère.
Le rock'n'roll débarqué depuis l'autre rive atlantique est une aubaine et la jeunesse anglaise va rapidement en reprendre le flambeau.
"Mes souvenirs d'enfance les plus anciens sont ceux du Londres de l'immédiat après-guerre. Paysages de ruines. Tiens, ici la moitié d'une rue a été rayée de la carte. Certaines zones ont végété avec leurs décombres pendant dix ans ou plus. [...] Jusqu'en 1954, j'ai été dans l'impossibilité de m'acheter un sac de sucreries. [...] Jusqu'alors, il fallait supporter l'inévitable question : "Tu as ton carnet de rationnement ?" "
(Keith Richards (photo), in Life pp 33-34 (Robert Laffont 2010 pour la trad. française).
John Lennon, né en 1940
Eric Burdon, né en 1941
Paul McCartney, né en 1942
Brian Jones, né en 1942
Keith Richards, né en 1943
Mick Jagger, né en 1943
Ray Davis, né en 1944
Jimmy Page, né en 1944
Jeff Beck, né en 1944
Van Morrison, né en 1945
Pete Townshend, né en 1945
Eric Clapton, né en 1945
Ceux qui inventeront le rock anglais sont tous des enfants de la guerre..
Brian Wilson, grand orfèvre des Beach Boys, rappelle son admiration pour les Four Freshmen, qui exercèrent sur lui une profonde influence dès son adolescence.
L'écoute du disque The Four Freshmen and the Five Trombones, sorti en 1955, l’a en effet carrément « hypnotisé » et lui a procuré « une profonde sensation d’amour... une sensation d’harmonie ».
( in Carlin, Peter Ames (2006), "Catch A Wave: The Rise, Fall & Redemption of the Beach Boys' Brian Wilson": Rodale. p. 39).
Des milliers de guitaristes débutants se sont usés la peau des doigts pour sortir à peu près correctement l'intro de Stairway to Heaven, qu'ils croient devoir à Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin.
Mais savent-ils que c'est Randy California qui l'a composée, et que son groupe Spirit l'a enregistré dès 1968, soit 3 ans que Stairway to Heaven ne voit le jour en 1971 ?
Bon, c'est quand même pas mal les gars, on ne vous en veut pas...
... et Obama non plus :-) Chapeau les garçons ! Même Robert Plant essuie une petite larme à 6:40.
Au fait, un petit tuto muni de tablature de Stairway to Heaven est ici, pour ceux qui veulent finir sur une scène dans les plus grands stades du monde :
Bon courage les guitaristes ! Merci Randy California ! :-)
48 ans après avoir enregistré (You Make Me Fell Like A) Natural Woman, 47 ans après l'assassinat de Martin Luther King, 6 ans après avoir chanté (plutôt mal) lors de l'investiture de Barak Obama, 1er président afro-américain des USA, Aretha Franklin, né à Memphis en 1942, élevé au gospel dans l'église de son père, met tout le monde debout au Kennedy Center : Carole King (qui a écrit le morceau) est en transes, et Mister Black President essuie une petite larme.
En bon animal politique, il sait qu'ainsi il fera le tour du web et récoltera des millions de Like. N'empêche, le Barak est, visiblement, touché au coeur par la Queen of Soul.
"C'est étonnant, magique, surréaliste, de les voir tous danser pendant mes solos de guitare pleins de Larsen ; mes amis de l'école d'art se trouvent dans le public, droits et raides, aux côtés des mods avachis et défoncés, cette armée d'adolescents arrivés du Nord et de l'Ouest de Londres sur leurs magnifiques scooters, avec leurs cheveux courts et leurs belles chaussures.
J'ignore ce qu'en pensent les autres membres du groupe, Roger Daltrey, Keith Moon ou John Entwistle. J'ai l'habitude de me sentir un peu seul, même au sein du groupe, mais ce soir-là, en juin 1964, à l'hôtel Railway de Harrow, à l'ouest de Londres, au premier concert des Who, je suis invincible.
Nous jouons du R&B : « Smokestack Lightning », « I'm a Man », « Road Runner » et d'autres grands classiques. Je frotte ma Rickenbacker hurlante contre mon pied de micro. Je joue avec l'interrupteur que je viens d'y adapter, pour la faire crachoter, crépiter, et elle arrose le public de rafales de son. Je soulève ma guitare d'un coup brusque - un immense frisson m'envahit quand j'entends son grondement se muer en un terrible rugissement ; je lève les yeux, et en la retirant du trou que je viens de faire dans le plafond, je vois que la tête de la guitare est cassée.
C'est là, en une fraction de seconde, que je prends une décision - frénétiquement, je cogne la guitare au plafond, encore et encore. Si au début la tête était simplement brisée net, elle est maintenant éclatée en plusieurs morceaux. Je la présente triomphalement à la foule. Je ne l'ai pas cassée, non : je l'ai sculptée pour elle. Puis je jette la guitare complètement explosée à terre, attrape ma toute nouvelle Rickenbacker douze cordes et je continue le concert.
Ce mardi soir-là, j'ai découvert quelque chose de plus puissant que les mots, bien plus émouvant que mes pauvres tentatives de jeune Blanc de faire du blues. En retour, j'ai reçu les acclamations retentissantes du public. La semaine suivante, dans le même club, j'ai manqué de guitares, et du coup j'ai renversé la pile d'amplificateurs Marshall. N'étant pas du genre à se faire voler la vedette, notre batteur Keith Moon m'a imité en renversant sa batterie à coups de pied. Roger s'est mis à frotter son micro sur les cymbales fendues de Keith. Certains pensaient que ces destructions n'étaient qu'un gimmick, mais moi je savais que le monde était en train de changer, et que nous faisions passer un message. La manière conventionnelle de faire de la musique n'en avait plus pour longtemps."
Pete Townshend, in Who I am, trad. Laura Sanchon Seeger & Vincent Guilly, Michel Lafon ed., 2013
En complément de la conférence et de la formation de Bernard Poupon sur la soul, à écouter et voir :
(A Aline, with love)
Message de James Brown :
" S'il vous plait, n'oubliez pas l'homme dont j'ai fait la première partie en 1956/1957, dit James Brown. Ne passez pas sous silence l'une des plus importantes voix soul. Little Willie John était un chanteur de soul avant qu'on pense à l'appeler ainsi. J'ai enregistré un album hommage après sa disparition. Il est mort jeune, en prison. Mais il a laissé sa marque. Sur a musique, sur beaucoup de chanteurs qui savent comment chanter avec émotion. Fever était un disque colossal".
(James Brown, cité dans Nowhere to run, par Gerri Hirshey, trad. Nicolas Guichard, ed. US 1984, Payot Rivages Rouge 2013 pour l'édition française)
Il y des années où les fruits sont si mûrs qu'ils tombent de plusieurs arbres en même temps.
Le 20 novembre 1969, James Brown et sa bande enregistrent à Cincinnati le morceau Funky Drummer, qui sortira chez King en single en mars 1970, coupé en 2 parties.
En dépit de son succès (le titre atteindra la 20ème place dans les classements des ventes R&B et se hissera à la 51ème dans le classement Pop), il ne trouvera place sur un album qu'en 1986 sur la compilation In the Jungle Groove (Polydor).
Ecoutez donc ce que Clyde Stubblefield - le batteur funky -, y mijote sur ses fûts à 5:22 et vous comprendrez pourquoi ce break de batterie dispute à l'Amen break le titre de pattern de batterie le plus samplé de l'histoire de la musique.
Le morceau The Letter, écrit par le musicien de country Wayne Carson Thompson, connut le succès suite à son enregistrement en 1967 par The Box Tops, dont le chanteur était Alex Chilton.
Il atteint le n°1 du Billboard Hot 100 aux USA et se hissa à la 5ème place des ventes de 45-tours en Angleterre.
La chanson ressurgit dans le Top Ten US en juin 1970 suite au single tiré de l’album live de Joe Cocker Mad Dogs and Englishmen enregistré en mars au Fillmore East, New York.
Cette interprétation fut aussi classée n°7 au Canada, n°27 en Australie et en Hollande, 39ème au Royaume-Uni et 48ème en France.
Le magazine américain Rolling Stone conféra au titre le 363ème rang dans sa liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps.
En 1979, on dénombrait environ 200 versions enregistrées par différents atrtistes, dont The Beach Boys, Al Green et Peter Tosh.
Devant la candeur des hippies, quelques-uns ricanent. Ces oiseaux de nuit ont déjà troqué les lunettes roses pour des lunettes noires : à New York, sous la protection du plasticien Andy Warhol, dès 1965, le Velvet Underground, attiré par les marges malsaines et l’autodestruction, dévoile l'arrière-cour du rêve américain et montre ses drogués, ses prostituées et ses travestis, dans une mise en scène menaçante et sado-masochiste menée par l’Exploding Plastic Inevitable.
A Detroit, ville de l’industrie automobile, les Stooges, affublés de leur charismatique chanteur Iggy Pop au jeu de scène sacrificiel, cisaillent un rock basique et brutal, tandis que le redoutable MC5 s'engage dans une lutte sonico-politique sans merci contre le système alors que les ghettos noirs s’embrasent et que l’armée sillone les rues. Car durant l’été de l’amour chanté par les hippies en 1967, cent villes sont en émeute et les victimes se comptent par dizaines.
Quand 450 000 personnes se rassemblent au Festival de Woodstock en été 1969 pour 3 jours de paix, de musique et d’amour, chacun veut croire au début d'une nouvelle ère. Pourtant, la fin est proche, qui verra l'utopie hippie de bâtir un paradis sur Terre se fracasser contre le mur de la fin des années soixante. En décembre, la police arrêtera Charles Manson, le hippie maléfique qui sera bientôt reconnu coupable du meurtre rituel de plusieurs personnes commis en août 1969. Le Festival d'Altamont, le 6 décembre, sera le théâtre d'un déchaînement de violence bien loin des promesses d'amour, et un jeune Noir sera poignardé à mort par des Hell's Angels hors de contrôle. La fin de la décennie, c'est aussi la séparation des Beatles, qui avaient porté l'espoir de toute une génération. Après Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison vont bientôt partir pour leur dernier trip et franchir la dernière porte.
Après le rêve, le réveil sera terrible. Une génération désenchantée hurlera son désespoir et sa haine. Contre le rock, qui s'est maintenant organisé en industrie florissante. Contre les vieilles idoles des groupes installés, comme les Rolling Stones, qui en à peine dix ans, ont accepté de troquer le statut enviable de sales gosses pour celui de gestionnaires : les années punk, c'est aussi le temps on l'on cherche à dégommer les traîtres. Contre le rock progressif, qui avec ses longs morceaux impossibles décourage les jeunes débutants pour qui le rock est devenu une musique techniquement inaccessible : que vaut un disque enregistré pour des millions de dollars après des mois de répétitions quand on a 17 ans, qu'on ne sait pas jouer et qu'on a juste l'énergie de sa colère ? La jeunesse a perdu son étendard, le rock s'est coupé de la rue, et il va le payer cher.